Quand on commence à s’intéresser au chamanisme ou à la spiritualité, on imagine souvent un univers rempli de lumière, d’amour, d’animaux totems, de guides bienveillants et de synchronicités.
Et c’est vrai.
Le chamanisme est une voie profondément belle.
Au fil des voyages, on peut rencontrer des esprits alliés, des animaux de pouvoir, des guides, des ancêtres ou d’autres présences bienveillantes qui nous accompagnent avec beaucoup de sagesse. Ces rencontres sont souvent bouleversantes, réconfortantes et profondément transformatrices.
Mais on parle beaucoup moins d’une autre réalité.
La spiritualité n’est pas un monde de Bisounours.
Entrer sur un chemin spirituel ne consiste pas à ne vivre que des expériences agréables ou lumineuses. C’est aussi accepter de se rencontrer soi-même.
Et parfois, cette rencontre est inconfortable.
Je dis souvent aux personnes que j’accompagne en soin, en formation chamanique ou lors des huttes de sudation que le chamanisme n’est pas un chemin qui nous évite l’inconfort. Bien au contraire. Le tambour ouvre une porte vers l’invisible, mais aussi vers notre monde intérieur. Et ce que nous y rencontrons n’est pas toujours ce que nous avions envie de voir. Très souvent, il nous met face à nos peurs, à nos blessures, à nos résistances ou à des parts de nous que nous avions soigneusement enfouies. C’est parfois déstabilisant, mais c’est aussi là que réside une grande partie du potentiel de transformation. Car ce que nous acceptons enfin de regarder avec conscience peut peu à peu commencer à se transformer.
Petit à petit, nos peurs apparaissent. Nos croyances limitantes. Nos blessures. Nos mécanismes de protection. Nos loyautés familiales. Nos schémas répétitifs. Tout ce que nous avions parfois passé des années à éviter de regarder et qu’on a mis sous le tapis.
Les esprits alliés ne font pas le travail à notre place. Ils éclairent le chemin. Ils soutiennent. Ils guident. Mais c’est à chacun de traverser ses propres zones d’ombre.
Une autre découverte, dont on parle peu, concerne le monde invisible lui-même.
Comme dans notre monde humain, tout n’y est pas uniforme. Il existe des présences profondément bienveillantes… mais il peut aussi arriver de rencontrer des énergies plus lourdes ou perturbatrices.
Il ne s’agit pas d’alimenter une vision de lutte permanente entre le bien et le mal, ni de faire peur. Simplement de reconnaître que le monde invisible est aussi vaste, nuancé et complexe que le monde visible.
Dans ma pratique, j’ai notamment été formée au travail de psychopompe, qui consiste à accompagner certaines âmes de défunts à poursuivre leur chemin lorsque cela est nécessaire. Il m’est arrivé également, plus rarement, de rencontrer des présences malveillantes ou d’avoir à nettoyer des empreintes énergétiques que certaines traditions appelleraient de la magie noire.
Ces situations existent. Elles restent peu fréquentes dans ma pratique, mais les nier au nom d’une spiritualité qui serait exclusivement lumineuse ne me semblerait ni juste ni honnête.
Je crois qu’il est important d’aborder ces réalités avec discernement, Sans peur. Sans fascination non plus.
Parce que plus notre regard est équilibré, plus notre pratique l’est également.
C’est aussi pour cette raison que je considère qu’avant de vouloir explorer tous les mondes invisibles, il est essentiel de construire une relation solide avec ses esprits alliés.
Apprendre à connaître son animal de pouvoir. Créer un lien vivant avec ses guides. Développer sa roue de médecine, cette roue constituée des esprits protecteurs des différentes directions, qui devient un véritable espace d’ancrage, d’équilibre et de protection.
Ce sont ces relations qui permettent d’avancer avec confiance. Non pas parce qu’elles empêchent toute difficulté, mais parce qu’elles nous rappellent que nous ne sommes jamais seuls pour les traverser.
À mes yeux, le chamanisme n’est donc pas une voie qui nous éloigne de la réalité. C’est une voie qui nous apprend à regarder la réalité dans toute sa richesse. Avec ses lumières. Avec ses ombres. Avec ses mystères.
Ce n’est pas la recherche de phénomènes extraordinaires qui, à mes yeux, est au cœur du chamanisme. C’est la qualité de la relation que nous cultivons : avec nous-mêmes, avec le vivant et, dans ma pratique, avec les esprits alliés. C’est cette relation, nourrie par le discernement, l’humilité et la responsabilité, qui permet d’avancer sur ce chemin avec profondeur et équilibre.
